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dimanche 30 janvier 2011

Le prix du piment



Si l'Indonésie ne passe une semaine sans voir une polémique d'ampleur défrayer la chronique, celle du prix du piment perdure. Depuis le mois de décembre, le prix du kilo de piment sur les marchés a été multiplié par 5, passant de 20.000IDR à 100.000IDR. Pourquoi se focaliser sur le piment? Car il s'agit d'un aliment de base du repas indonésien. Il accompagne l'ensemble des spécialités du pays, même les plus sucrées. Aux côtés de cette incroyable inflation du piment, l'ensemble des produits subit de plein fouet une hausse des prix. Et a ce jour, certains légumes importés demeurent moins chers.

Bien sur, les regards accusateurs se tournent vers le gouvernement. Et ce dernier fait justement remarquer que les conditions climatiques actuelles sont la principale cause de cette hausse des prix. il faut le reconnaître, l'archipel n'est actuellement pas épargné.
Premières manifestations d'ampleur d'une crise alimentaire en devenir? Difficile à dire à ce jour. Le fait est que le débat est - à défaut des piments - dans toutes les bouches indonésiennes.


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Dans un autre registre, le Président indonésien a encore réussi à s'attirer les foudres de la population. A l'occasion de ses vœux aux forces armées, promettant d'améliorer leurs rentes, SBY a tenté de faire preuve d'humour, rappelant que son salaire présidentiel n'avait pas connu d'augmentation depuis plus de 5 ans. Les réactions n'ont pas tardé, faisant fi du contexte, SBY s'est retrouvé la cible de l'ensemble des observateurs politiques et des médias. Une fois de plus, c'est l'information sans son contexte - mal récurent dans le pays - qui fut diffusée et commentée...


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Et à Jogja? La vie est tranquille. Bien sur, nous subissons le contre-coup de la météo. Il est plus difficile de trouver certains produits, les prix augmentent, mais rien de bien grave. Le Merapi s'est bien calmé, même si bien sur, il entrera encore en éruption dans 3 ou 4 ans. la vie continue, entre les séjours à Jakarta et les cours donnés ici et là, et la mise en place de divers projets


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Anecdote concernant la photo illustrant cet article: il s'agit tout simplement de la meilleure façon de transporter des poulet. Ces fameux poulets présents partout.L'Indonésie, un formidable réservoir pour la grippe aviaire..

samedi 29 mai 2010

Medan: Le village de pêcheur


Après un rendez-vous dans une autre compagnie de Shipping, me voici en route avec Josef pour Belawan. Aujourd'hui, nous allons louer les services d'un pêcheur pour une petite balade sur l'estuaire. Je comptais aller jusqu'au détroit, mais la houle ne le permettra pas. Nous nous rapprocherons toutefois du port cargo de Belawan et effectuerons un trajet sympathique auprès des pêcheurs et petits tanker à l'ancrage dans le fleuve.

Notre guide nous informera d'ailleurs que l'un d'entre eux a été "piraté" deux nuits auparavant. Piraté est un grand mot. Il s'agit en fait d'un vol de pièce détachées. Les "pirates-voleurs" se sont introduit à bord après minuit pour dérober des pièces de moteurs et quelques cables qu'ils revendront au marché noir. Chose amusante, le tanker était ancré à 400 mètres des vedettes de la police et des douanes. De là à penser à une éventuelle complicité des forces de l'ordre... chacun sera libre de juger comme bon il lui semble.

Notre visite se poursuit dans un kampung (village) de pêcheurs. Bâti sur pilotis, il est situé sur l'autre rive de l'estuaire. On ne peut y accéder que par les embarcations des pêcheurs. La première chose qui frappe, c'est la misère. Josef me confirme que les pêcheurs font partis des catégories les plus pauvres de la population indonésienne. Aucune politique n'est mise en oeuvre aussi bien au niveau national qu'au niveau local. Est-ce une nouvelle preuve de se désintérêt pour la mer? Sans doute. Pourtant, l'Indonésie aurait tant à gagner, à se tourner vers l'élément maritime.

Les enfants qui jouent dans l'estuaire m'interpellent, me demandent de les prendre en photo. Les parents vaquent à leurs occupations. Notre guide pêcheur nous explique que la vie ici est difficile, les prises de plus en plus limitées, et la concurrence se fait sentir jusque dans les eaux territoriales, où les pêcheurs étrangers n'hésitent plus à venir piller les ressources pisicoles. Pour ne pas se faire prendre, ils hissent un pavillon indonésien. Et surtout, ils prennent soin de disposer avec eux du montant de l'ammende demandée par la police indonésienne. On peut alors évoquer une véritable préméditation.

En visitant ce Kampung, je prend aussi conscience de la réalité de cette "piraterie". il faut bien la définir. Les vols sont surtout le fait de pauvres bougres qui n'ont aucune ressources et peuvent se faire de l'argent facile. Les attaques sont sans doute d'une autre nature. mais, bien qu'à ce jour je ne sache pas si les pêcheurs sont réellement les auteurs de ces attaques, sans les excuser, ces actes seraient compréhensibles.

vendredi 21 mai 2010

Don Corleone version équatoriale

Mauvaise nouvelle pour mon collègue doctorant espagnol. Son logement a été cambriolé hier soir alors qu'il participait à un match de futsal. A son arrivée, plus d'ordinateurs, de carte de crédit, de montre, de sandales (oui, de sandales...) ni d'appareil photo. Il est donc arrivé ce matin relativement dépité, et on peut le comprendre. Jusqu'à ce que l'un des chercheurs lui recommande de contacter un membre de l'équipe. Ce dernier aurait des connaissances avec le milieu. Quelques minutes plus tard, Joann reçoit un coup de téléphone. Il s'agit du "parrain" de son quartier. il connait le membre de notre équipe car ils sont tous les deux originaires de Madura. Rendez-vous est pris, et je n'en sais pas beaucoup plus pour le moment. Toutefois, l'un des chercheurs m'a expliqué comment allait se passer la rencontre. Le parrain va tenter de retrouver les biens volés. Et va offrir sa protection à Joann: peu de chance de voir un tel évènement se reproduire.

Ce type de réseau existe partout dans le monde. Ce qui est particulièrement intéressant dans le cas indonésien, c'est de voir qu'il vaut vraiment mieux passer par ces mafias locales que par la police. En effet, cette dernière, de l'avis même des indonésiens, est tout bonnement incapable d'assurer la mission qui lui est confiée. Toutefois, la criminalité reste basse, les délits sont assez rares (à l'exception du non respect du code de la route - si celui-ci existe en Indonésie...).
On peut donc assez facilement acheter la protection d'un mafieux du quartier. Certains chercheurs l'ont deja fait et sont aujourd'hui tranquille.

Mais ce qu'il faut retenir, c'est avant tout que si l'on n'éprouve pas pour autant de sentiment d'insécurité, il convient, comme toujours d'être vigilant.
Très sincèrement, la situation est moins dangereuse que celle que l'on peut connaître en Europe, mais la vigilance doit rester le maître mot. A l'instar des terrains de recherche, il faut savoir s'entourer des bons interlocuteurs, signaler aux autorités compétentes ses déplacements, et parfois, ne pas chercher à trop en savoir. C'est fort de ce rappel méthodologique que je me dirige dimanche sur Belawan et Medan. Une enquête dans le milieu portuaire, rien de tel pour commencer mon terrain. J'essayerais de me connecter afin de donner quelques nouvelles, mais si ce n'est pas le cas, je serais de retour sur internet jeudi soir.

mercredi 5 mai 2010

Les petits boulots



L’une des choses qui peut marquer l’observateur, c’est le nombre de petits boulots. Gardien de mot sur un parking improvisé en bord de route, vendeur ambulant de nourriture, de lunettes de soleil, Dvd contrefaits, fruits et légumes alignés en stand, etc.
Les activités sont diverses et variées. Et cela s’explique par la situation actuelle de l’Indonésie. Soyons toutefois clair : investir en Indonésie, c’est possible et même souhaitable. Mais l’Indonésie reste un pays en développement, un pays du tiers monde. Il est diffcile d’évaluer le salaire moyen. Pour donner une idée plus précise, disons qu’un personnel administratif dans une université touche entre 1000000 et 1300000 IDR (roupiah) par mois. Soit entre 80 et 105€. Un professeur d’université va lui toucher 3000000 IDR (280€) par mois. Et un fonctionnaire du Ministère de l’Economie peut espérer 12000000 (1000€). L’échelle des salaires est donc relativement variable. Nombre de personnes doivent vivre avec 300 000 IDR par mois, soit 26€ à la louche. Quand il faut nourrir une famille, on imagine les difficultés.
Le cumul des emplois existe, mais est-il réellement quantifiable ? j’en doute. Et à la vue de ces inégalités salariales, on se dit qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire pour ce pays. Au contraire de la Malaisie, l’Indonésie n’a su négocier ce tournant. Alors qu’en Malaisie, tout semble fait pour investir, ce n’est pas le cas de l’Indonésie. Et la politique d’ouverture du pays sur l’étranger pose elle aussi problème.

Tout ça pour dire que le manque d’investissements étrangers poussent les populations à s’adapter en développant ces petits boulots. Et pour manger, on élève des poulets à même la maison. Ce qui pose la question du risque sanitaire, dans l’un des pays les plus touchés par la grippe aviaire. Mais comme me le faisait si justement remarqué un assistant de recherche, ici, pour une partie de population, la principale préoccupation c’est de manger tous les jours, donc la sécurité sanitaire ou alimentaire, on y pense que très peu voire pas du tout. Et l’on écoute ce que dit le gouvernement quitte à protester après. Mais je reviens sur la nourriture juste après !

jeudi 15 avril 2010

scène surréaliste


J'ai pu assister hier, en sortant de la fac,à une scène totalement incroyable. Alors que j'attendais tranquillement à un feu de circulation en panne (comme tous les deux jours) j'observais face à moi les policiers en charge de la circulation. Rien de bien exceptionnel jusque là. J'aperçois alors l'un des deux agents faire signe à une moto de s'arrêter. Le conducteur roule sans casque, sa passagère au contraire en porte un. Je m'attends à l'habituelle demande de rançon, comme j'aime à qualifier la corruption quotidienne qui règne dans le pays. Mais rien de tout celà! Je vois alors la passagère léguer son casque au conducteur puis traverser la rue. Une fois que la moto l'a rejoint, l'échange de casque se fait, et le couple s'élance sur le bitume, les policiers tournant volontairement le dos.

Très sincèrement, je m'attendais à une amende à payer, mais rien de tout cela! Juste une habile négociation qui permet à tous les protagonistes de s'en tirer sans grand dommage. Il fat dire que la police ici - à l'instar de l'armée - est l'un des principaux organes corrompu. On peut le regretter et critiquer, à juste titre. Mais en s'attachant aux aspects culturels, cette corruption parait plus "normale". Quelques explications toutefois.

Le statut de policier ou de militaire est extrêmement valorisant dans le pays. Culturellement, ceci s'explique notamment par le piédestal sur lequel furent installées ses deux forces vives de la nation sous les régimes de Soekharno et Suharto (notons toutefois que la police n'est indépendante de l'armée que depuis quelques années). Ainsi, pour intégrer l'une de ses deux professions, il faut payer. Alors les jeunes s'endettent pour atteindre un statut d'élite. Après avoir payé une certaine somme, pouvant être extrêmement variable, il est alors temps de rembourser ses créanciers. Et pour cela, le pouvoir et l'aura de ces deux institutions vont beaucoup aider. Ainsi, la corruption permet aux policiers et militaires de disposer de revenus complémentaires. L'autre solution est de se lancer dans le business. Ainsi, les multiples parking sur le bord de la route, pour lesquels on laisse 1000 roupih, sont majoritairement détenus par les policiers et militaires. Il en est de même pour les sociétés assurant la sécurité dans les centres commerciaux, à l'entrée des établissements nocturnes.

Ainsi, il existe une véritable économie parallèle, qui emploie un grand nombre de personnes sans ressources tout en financement et renforçant un pouvoir de ces hommes. Et le système, s'il est bancal, continu de fonctionner. Comme quoi, ce pays ne cesse de me surprendre...

dimanche 21 février 2010

Un samedi soir en compagnie de jeunes indonésiens


Après cette longue journée, me voici parti pour rejoindre Nela, Anna et certains de leurs amis afin d’assister à une exposition de photo. Cette dernière, réalisée par des étudiants donne une autre image de Jogja et de la région. Je profite des instants pour interroger mes amis sur l’ensemble des lieux répertoriés dans l’exposition. A l’issue de cette visite, marquée par une petite interview réalisé par les étudiants photographes, Anna et Nela me propose de me faire découvrir les lieux de rencontres de la jeunesse indonésienne. Il ne s’agit pas de bars, ni de discothèque et encore moins de mall, mais de pont. A proximité de ces derniers, les jeunes indonésiens garent leur motos. Des stand proposant de la nourriture et des boissons.

C’est ici que les jeunes gens viennent discuter, jouer de la musique et flirter, jusque tard dans la nuit. Et le plus surprenant, c’est que l’on trouve toutes les strates de la société, toutes les ethnies et religions mêlées. Mes amis m’expliquent qu’avant le mariage, la plupart des Indonésiens demeurent chez leurs parents. Il n’est donc pas aisé d’avoir une vie sociale ou affective. Tout se mêle dans une ambiance bonne enfant, des marginaux se joignent aux groupes de jeunes, puis des travestis viennent racoler les passant. On est alors dans un monde totalement différent de celui que j’ai pu connaitre, une vie indonésienne alternative, dans laquelle la jeunesse, les artistes, les marginaux et tous les autres peuvent se retrouver sans crainte. Je comprends alors mieux cette présence nocturne sur les ponts. Ce que je prenais pour une simple promenade s’avère finalement être un véritable phénomène social.